Dès ses premiers pas, le Musée d’Art Spontané s’est rêvé comme une porte ouverte à la création singulière, celle-là même qui ne sait pas toujours où frapper, quand ailleurs le monde de l’art semble parfois se refermer sur ses initiés. C’est la force de ce musée de tricoter des liens entre individus aux parcours souvent variés mais qui se retrouvent intuitivement hors des cadres, de miser sur les ponts plutôt que sur les frontières. Dans ce large intervalle allant de l’art naïf jusqu’à l’art brut, les artistes trouvent en la notion de spontanéité un critère positif permettant d’illuminer leur travail à sa juste valeur. Initié dans les années 60, ce lieu atypique se conjugue pourtant au présent, ne serait-ce que dans les expositions temporaires organisées tous les mois. Actuel, il l’est également dans les questions qu’il adresse au monde de l’art et à la société, en exposant ces artistes qui, par leur pratique et leur parcours, bousculent, émeuvent, dérangent aussi bien qu’ils inspirent ou éclairent. Cet art spontané résonne d’ailleurs particulièrement avec certaines préoccupations contemporaines telles que l’écologie, en armant sa pratique d’une économie de moyens et de matières, d’un sens du local et du circuit court1.

Pour retracer le parcours du Musée d’Art Spontané, il faut avant tout raconter l’histoire d’une rencontre, celle de Mimi de Néeff et de l’artiste naïf Pierre Lefèvre en 1962. D’une friction entre deux univers radicalement différents est apparue l’étincelle à l’origine du projet. Car lorsque le hasard se mêle à la détermination, l’aventure ne peut qu’être prometteuse. Le travail de cet homme retentit particulièrement chez Madame de Néeff, qui y trouve un écho tragique à sa propre histoire. Elle met alors tout en œuvre pour lui offrir une visibilité. D’expositions en rencontres, un petit groupe d’artistes se greffe à ce noyau ; plutôt « naïfs » de prime abord, ils seront rejoints par d’autres à la pratique plus singulière voire marginale. L’ASBL de la « Maison des arts spontanés et naïfs » est créée en 1976. Mais il faudra attendre 1985, pour que la structure prenne plus d’ampleur : forte d’une petite collection, elle trouve refuge dans une salle de la Médiatine à Woluwé-Saint-Lambert. Au décès de sa fondatrice en 1993, c’est sa collaboratrice, Madame Catherine Schmitz, qui reprend le flambeau, avec ce même esprit d’ouverture. Le Musée d’Art Spontané voit finalement le jour au déménagement des locaux dans une ancienne imprimerie à Molenbeek qui laissera véritablement la possibilité au musée de s’épanouir. En 2004, un nouveau départ s’impose et l’association s’installe au 27 rue de la constitution à Schaerbeek.

40 ans plus tard, la structure conserve son âme familiale et maintient cette proximité avec les artistes, les visiteurs occasionnels ou habitués qui trouvent en ces murs un espace d’échange et de découverte. Du salon de Madame de Néeff aux locaux de Schaerbeek, le musée garde en mémoire une approche résolument humaine, porté avec autant de sincérité que les œuvres qu’il expose. Avec son centre de documentation, il affirme sa volonté de conservation et de veille sur la diversité de la création, en se méfiant des effets de mode. La collection atteint aujourd’hui plus de 1600 œuvres, provenant autant d’hommes que de femmes, belges pour la plupart mais pas uniquement. Au-delà d’un foisonnement d’œuvres d’art, c’est une collection de tranches de vie qui est assemblée ici en une grande fresque. Elle illustre avec justesse l’essence même du Musée d’Art Spontané : la rencontre comme plus belle promesse.

Manon Paulus