Chic, on a cours au musée !
« Madame de morale, on va au musée cette année ? » Pour les moraliens de Chazal et la Vallée, les deux écoles fondamentales d’enseignement spécialisé de Schaerbeek (type 8 et type 1), les visites au musée d’art spontané, sont presque devenues une partie intégrante du programme depuis trois ans.
J’ai découvert ce petit musée en explorant le quartier lors de ma première année d’enseignement. Très vite, j’en ai usé et abusé puisque les élèves adoraient. L’art spontané est en effet très accessible aux enfants. Il semble moins difficile à reproduire que les tableaux traditionnels. Et puis, la visite du musée d’art spontané, ne consiste pas à se planter devant une œuvre et à écouter les explications de madame Catherine. L’équipe du musée a développé un jeu de l’oie où les enfants doivent retrouver un tableau à partir de l’interprétation qu’en ont faite d’autres élèves. Chaque case du jeu comporte également des questions qui font appel à l’observation et à l’imagination. Même les petits se montrent très enthousiastes par cette approche. Par le jeu, les enfants s’approprient le musée et spontanément, ils se mettent à discuter des œuvres. Quand ensuite, ils sont amenés à interpréter eux-mêmes un des tableaux, ils se sentent déjà à l’aise dans le lieu. Ils reviennent tout fiers à l’école avec leur production. Pour mes élèves qui n’ont pas effectué un sans-faute dans leur parcours scolaire, l’approche artistique permet de les valoriser autrement : car ce n’est pas parce qu’ils sont dyslexiques ou plus lents que la moyenne qu’ils ne sont pas capables d’imaginer des choses originales et arriver à de belles réalisations. Souvent, leurs titulaires sont vraiment surpris de ce que leurs élèves parviennent à créer.
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De plus, les rencontres avec des artistes proposées par le musée, permettent une sensibilisation de tous ordres. Dans une classes de gamines turques d’une dizaine d’années, je n’arrivais pas à aborder la question des goûts, des opinions et des valeurs personnelles : elles étaient toujours d’accord sur tout, ce qui rendait tout débat impossible. En allant au musée, elles ont fini par se rendre compte qu’elles aimaient différentes œuvres et que c’était chouette d’en discuter. A un autre moment, j’ai amené une classe d’élèves sortants qui devaient réaliser un dessin pour le concours ‘Dessine-moi une tolérance’. (Je n’avais aucune envie qu’ils se contentent de reproduire l’image de l’enfant blanc et de l’enfant noir qui se tiennent la main). Ils ont discuté longuement avec Lise Brachet qui leur a expliqué la symbolique de ses huiles. Tous mes élèves de La Vallée ont gagné un prix grâce à l’originalité de leurs dessins. Ils étaient fiers comme tout d’avoir battu « ceux de l’enseignement ordinaire ».
La plupart de mes élèves ne savaient pas ce qu’était un musée, ni en quoi consistait une exposition. Pour beaucoup, ces visites ont été une grande découverte. Ils sont nettement moins inquiets quand on leur propose d’aller voir un autre lieu culturel.
Comme le contact passait bien avec les responsables du musée, nous avons imaginé plusieurs projets dans le cadre d’Anim’action.
Crassor a réuni au musée les moraliens de La Vallée et de l’école 1 durant l’année 2005-2006 tous les quinze jours. Crassor est une statue que les élèves ont réalisée avec du matériel de récupération grâce à la complicité du plasticien Stroff. Durant toute cette période, les élèves ont travaillé sur la problématique des déchets et de l’environnement. Les journées, non destinées au musée, nous avons glané de la matière à réfléchir en visitant, par exemple, le centre de tri de la commune ou le musée des égouts, en rencontrant les travailleurs du service de propreté et en nettoyant la rue Josaphat avec eux ou en assistant au mariage de Netty, la mascotte propreté, à l’hôtel communal. Ces informations nous ont permis de concevoir notre statue : une sorte de Janus (un côté pollueur, un côté nettoyeur). Nous avons appris toutes de sortes de techniques de dessin/peinture/réalisation de maquettes. Crassor a défilé au Carnaval de Schaerbeek et a eu droit ensuite, à un vrai vernissage ! Extrêmement valorisant pour les enfants ! Ils se sont complètement débloqué par rapport à la création artistique : plus jamais ils n’ont dit « Je ne sais pas… » ou « C’est nul ! ».
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L’année suivante, nous avons imaginé partir à recherche du beau (belles choses, belles personnes), dans le quartier pas très engageant où se trouve le bâtiment scolaire de La Ruche (qui réuni trois écoles). L’objectif étant de baliser un parcours afin de partager nos découvertes. Cette fois, nous avons réuni les moraliens de La Vallée, ceux de l’école 1 et les 5e Tourisme de l’Institut Franz Fisher. D’autres classes sont venues s’ajouter au projet dont la classe de primo-arrivants de l’école 1. Au total, 80 élèves ont pris part à l’élaboration du parcours. Nous avons déniché des choses incroyables dans le quartier : un maître verrier, un marchand de vélo qui fabrique des œuvres d’art avec des pièces détachées, une dame qui collectionnait les éléphants, un étang avec de vraies grenouilles, le calme à la maison des arts, la verdure et la vue du parc de la cocof, les chansons rigolottes de monsieur Léon …. Les élèves ont appris à regarder autour d’eux, à discuter de la beauté (tant avec Manu le balayeur qu’avec l’échevin de l’Instruction publique ou la ministre chargée de la Culture à la Cocof ). Ils ont rencontré de nombreux artistes et ont réalisé des ‘balises’ avec Anne de Sturler, la peintre-animatrice du projet. Même les grands ados de Franz Fisher ont adoré réaliser des peintures. Tous ont ouvert les yeux sur leur environnement et il n’est pas rare qu’aujourd’hui, les gosses disent « Vous avez vu madame ! » alors qu’avant, ils étaient hermétiques à leur environnement. Même les élèves de Tourisme ont levé leur nez sur d’autres choses que le classique répertoire art nouveau qui fait partie de leur cours. Ce sont eux qui ont invité les journalistes au vernissage du parcours final. Tout un apprentissage que de « vendre » son projet !
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Les escapades au musée constituent bien plus que la découverte de l’art spontané. Elles permettent de vraies rencontres avec des artistes. A la demande si nécessaire. Catherine Schmitz, la directrice, a plein de noms dans son agenda !
De ces expériences, on peut retenir une réelle ouverture au monde de l’art, le plaisir de réaliser quelque chose de beau, d’apprendre autrement. Il s’agit d’une vraie bouffée de créativité qui enthousiasme les élèves et les enseignants !
Cette année 2007-2008, nous continuerons à réaliser deux projets ensemble !
Hermine Bokhorst, professeur de morale